De la toiture au robinet : fonctionnement
Pouvez-vous nous rappeler comment se déroule le processus de récupération de l'eau de pluie ?
L'objectif d'un tel système est d'alimenter un certain nombre de postes (toilettes, lave-linge, robinets de puisage...) avec de l'eau de pluie.
Le principe consiste à collecter l'eau de pluie tombant sur la toiture et la faire passer par un préfiltre performant (5 microns pour le préfiltre Cieléo) afin de limiter la formation de dépôts au fond de la citerne. L'eau de pluie ainsi épurée est ensuite stockée à l'abri de la lumière et des variations de température dans une citerne enterrée en béton.
En fonction de la configuration des lieux et du budget du client, la distribution de l'eau de pluie se fait au moyen d'un gestionnaire eau de pluie, d'un surpresseur ou d'une pompe immergée. Ces dispositifs sont systématiquement couplés à un système de basculement automatique sur l'eau de ville afin de pallier à un éventuel manque d'eau de pluie.
Après la pompe, l'eau passe par un nouveau filtre destiné à piéger les dernières impuretés. Ce filtre à cartouche peut être secondé par une cartouche de charbon actif ou un stérilisateur UV.
- 1. Le filtre avant stockage limite la formation de dépôts : ceci réduit le développement des bactéries.
- 2. Amenée dans le stockage, l'eau de pluie verra son pH naturellement acide régulé par le béton de la cuve.
- 3. Crépine d'aspiration.
- 4. Trop plein de la cuve équipé d'un clapet antiretour.
- 5. Épandage.
- 6. Électrovanne de réalimentation et flotteur à contact pour le basculement en eau de ville.
- 7. Pilote de la pompe.
- 8. Pompe ou surpresseur.
- 9. Filtre après stockage.
- 10. Réseau séparé eau de pluie : WC, lave-linge et jardin...
Quels sont les avantages d'une cuve en béton enterrée ?
La cuve en béton régule le pH naturellement acide de l'eau de pluie. Le fait que cette cuve soit enterrée protège l'eau de la lumière et des variations de température.
La cuve en béton est lourde (+ de 5 tonnes pour une 10 m3) et ne risque pas de bouger une fois posée ; ce qui peut être le cas avec une cuve en plastique qui ne serait pas installée dans les règles de l'art.
À qualité équivalente, une cuve béton enterrée revient moins chère qu'une cuve en plastique enterrée.
Quelles sont les différences entre l'eau "de ville" et l'eau de pluie ?
L'eau de pluie est naturellement douce, dépourvue de résidus médicamenteux et son taux de nitrates est très faible par rapport à l'eau de ville.
On peut relever dans l'eau de pluie des traces de polluants captés dans l'atmosphère ou sur la toiture de la maison. Polluants que l'on retrouve également dans l'eau de ville.
On trouve quelques bactéries dans une eau de pluie bien filtrée et bien stockée, mais nettement moins que dans de l'eau de baignade classifiée comme étant de bonne qualité. En principe, il n'y a pas de bactéries dans l'eau de ville puisqu'elle est désinfectée (le plus souvent au chlore). Il arrive cependant, lors de fortes précipitations, que l'eau de ville soit impropre à la consommation. Le chlore quant à lui est un désinfectant puissant et peu coûteux pouvant être à l'origine de la formation de dérivés chlorés néfastes à la santé.
Tous les types de toitures peuvent être exploités pour récupérer l'eau de pluie ?
Les toits composés de matériaux amiantés sont impropres à la récupération de l'eau de pluie.
Attention à certains toits en terrasse qui ne se prêtent pas à la récupération d'eau de pluie (pente trop faible).
On évitera également de récupérer l'eau sur un toit végétalisé (trop de bactéries).
Des travaux sont-ils nécessaires à effectuer sur les gouttières ?
Pas de travaux sur les gouttières, hormis la pose de crapaudines au niveau des descentes.
Il faut par contre se méfier de la stagnation de l'eau au niveau des regards. Dans la mesure du possible, il est préférable de privilégier un départ direct sans regard (Y en PVC avec bouchon de visite).
Vos cuves béton permettant de stocker l'eau de pluie sont enterrées. Quelles sont les contraintes liées à l'enfouissement de la cuve ?
Il faut effectivement un peu de place pour poser une citerne.
En règle générale et pour des raisons de sécurité, le trou destiné à accueillir la cuve sera creusé à 3 mètres minimum de la maison. Le trou faisant lui-même environ 3x3 mètres, il faut donc disposer de 6 mètres entre la maison et la limite de propriété pour réaliser une implantation.
La présence d'une nappe d'eau ou de sources peut poser des problèmes au moment du terrassement.
Au même chapitre, la présence de grosses roches enfouies peu empêcher la pose.
Vous proposez plusieurs solutions de pompage de l'eau : pompe extérieure à vanne 3 voies, pompe immergée, surpresseur. Comment choisir ?
On privilégie une pompe de surface quand la distance entre la cuve et le local technique est inférieure à une quinzaine de mètres. Une pompe immergée au-delà.
Une pompe de surface ne prend pas beaucoup de place et n'est pas plus bruyante (pour une pompe de bonne qualité) qu'un lave-vaisselle.
Dans tous les cas, il faut prévoir un réservoir tampon pour limiter les mises en route de la pompe.
Il faut ensuite choisir le type de basculement sur l'eau de ville s'il n'y a plus d'eau dans la citerne.
Le gestionnaire eau de pluie est doté d'une vanne trois voies motorisée. Cette vanne donne la priorité à l'eau de pluie tant que le niveau dans la citerne est suffisant. L'eau de ville est ensuite privilégiée.
Le surpresseur et la pompe immergée sont secondés par un système de réinjection d'eau dans la citerne en cas de pénurie. Celui-ci est composé d'une électrovanne commandée par un flotteur à contact ou une sonde capacitive.
En quoi vont consister les modifications de mon installation sanitaire actuelle si je souhaite utiliser mon eau de pluie dans ma maison pour le lave-linge et les toilettes ?
Il faudra que le réseau alimentant ces postes soit distinct du réseau eau de ville.
L'eau de pluie circulera dans ce réseau tant qu'il y aura de l'eau de pluie dans la citerne, ensuite l'eau de ville prendra automatiquement le relais en empruntant le même réseau. Il n'y a donc pas besoin de disposer de 2 tuyaux pour alimenter le lave-linge et les toilettes.
Quelles sont les aides financières ou fiscales que je peux espérer toucher en installant un système de valorisation des eaux de pluie ?
Le crédit d'impôt est valable pour des travaux achevés avant la fin 2012, à condition que le matériel soit posé par l'entreprise qui l'a vendu. Le crédit d'impôt ne concerne que le matériel et son taux est de 25 %.
Certaines régions, certains départements ou certaines localités proposent des aides pour l'implantation d'un système de récupération d'eau de pluie. Il faut se renseigner localement.
Les préconisations d'utilisation de l'eau de pluie sont souvent l'alimentation de la chasse d'eau des toilettes, du lave-linge, l'arrosage du jardin ou le remplissage d'une piscine. Peut-on envisager d'utiliser cette eau également pour le lave-vaisselle, prendre sa douche, faire la cuisine, voire la consommer ?
Bien que l'alimentation du lave-vaisselle, de la douche et la potabilisation de l'eau de pluie ne posent aucun problème, l'arrêté Ministériel d'août 2008 n'autorise plus les usages autres que ceux cités en premier lieu.
Dans d'autres pays, une large utilisation de l'eau de pluie est souvent encouragée, voire imposée.
Notre réglementation restrictive vise essentiellement à préserver les intérêts des majors de l'eau.
En hiver, lorsqu'il gèle, comment cela se passe pour l'eau de ma cuve ?
La cuve et les tuyaux sont hors gel (d'où l'intérêt de la cuve enterrée), la pompe et ses équipements doivent être installés dans un local adapté.
Le fonctionnement est ainsi assuré tout au long de l'année.
Dois-je déclarer mon installation de récupération de l'eau de pluie auprès de la mairie de ma commune ?
Si la maison est reliée à un assainissement collectif, il faut effectivement envoyer un courrier à sa mairie afin de déclarer son installation.
Dans le cas d'un assainissement individuel, il n'y a rien à faire.
A noter également que dans le cas d'un arrêté sécheresse, les restrictions d'eau ne s'appliquent pas à l'eau de pluie récoltée.
Quelles économies puis-je espérer faire en installant un récupérateur d'eau de pluie ?
L'économie sur la facture d'eau est de l'ordre de 50 %, si on alimente WC, lave-linge et robinets de puisage. Le montant de l'économie varie en fonction du prix de l'eau localement.
L'eau de pluie étant naturellement douce, des économies sont également réalisées sur les produits lessiviels, l'entretien des canalisations et des appareils utilisant l'eau de pluie.
N'oublions pas qu'utiliser l'eau de pluie c'est préserver la ressource et limiter les risques d'inondations. En effet, en cas de précipitations, une citerne joue un rôle de tampon pour les réseaux ; c'est d'ailleurs initialement ce qui a motivé les pouvoirs publics Belges à rendre obligatoire la récupération des eaux de pluie dans toutes les constructions neuves.
Quelles sont les opérations d'entretien courant à effectuer sur l'ensemble des éléments du circuit de récupération d'eau pluviale ?
Toiture : éviter les quantités de mousse trop importantes sur la toiture et veiller à la relative propreté des gouttières. Nous l'évoquions plus haut, limiter au maximum la décantation dans les regards.
Cuve : la réglementation impose un nettoyage annuel.
Filtres : un nettoyage une à deux fois par an du préfiltre en fonction de l'environnement. Remplacement une fois par an de la cartouche du filtre en aval de la pompe.
Pompe : vérification de la pression du réservoir tampon une fois par an.
Comment voyez-vous le développement de ce marché dans les 10 années à venir ?
Le taux d'équipement actuel des foyers français serait d'environ 15 %.
Cependant, de nombreux pays on fait le pas depuis longtemps et imposent pour les constructions neuves l'implantation de citernes. C'est avant tout une volonté politique et une question de bon sens.
Le développement du marché de la récupération d'eau de pluie est bien sûr lié au changement des mentalités de chacun. Mais c'est avant tout la volonté qu'auront nos gouvernants de mettre en place une véritable politique favorable à l'environnement qui permettra à ce marché, comme à bien d'autres, de se développer.
Ceci passera notamment par le fait de donner de la visibilité aux entreprises de la récupération d'eau de pluie, de ne pas changer les règles sans arrêt et d'encourager, par des mesures incitatives, particuliers et entreprises à s'équiper.
Photos : Cieléo - www.cieleo.com